Nos armoiries

Introduction



« L’héraldique est le livre illustré de l’Histoire. Les signes, les couleurs rappellent les faits et gestes de ceux qui nous ont précédés. Ils sont un défi pour le présent et l’avenir. » Otto de Habsbourg

Les armoiries, qu’est-ce que c’est ?

Initialement utilisées pour reconnaître les chevaliers sous leur armure lors des tournois, les armoiries sont apparues au XIème siècle. Elles se sont ensuite répandues dans toute la société occidentale : femmes, clercs, artisans, paysans (notamment en Normandie) et même les juifs, tous ont utilisé des armoiries comme une « carte de visite » personnelle destinée à s’annoncer. Les juridictions, villes, bourgs fortifiés, administrations, corporations de métiers, institutions religieuses y ont également eu recours, faisant de l’héraldique un véritable langage par l’image.

Un peu comme le sont nos logos aujourd’hui, les armoiries ont constitué pendant des siècles l’identifiant visuel par excellence, en des temps où peu de gens savaient lire.

Un blason, pour quoi faire ?

Au cours des siècles, comme tant d’autres, notre famille a utilisé un « blason », cette composition distinctive de symboles qui figure sur ses armoiries. Et ce blason nous parle de son histoire.

Le mot « blason » vient de l’allemand blasen, qui signifie « sonner du cor », comme le faisaient les chevaliers annonçant leur arrivée aux tournois. Pour commenter leur entrée en lice, il y avait les hérauts d’armes, qui détaillaient leur tenue, décrivaient les symboles ornant leur écu, évoquaient les couleurs des panaches qui s’échappaient de leur heaume… Des « Léon Zitrone » du Moyen-Âge, en quelque sorte ! On dit qu’ils « blasonnaient ».

Mais les hérauts d’armes étaient aussi ceux qui conservaient la mémoire des exploits des chevaliers, consignaient leurs hauts-faits sur les champs de bataille et narraient l’histoire de leurs familles. Loin d’être de simples fonctionnaires chargés d’enregistrer une propriété intellectuelle, ils étaient ceux par lesquels l’Histoire se raconte.

A leur suite, la science héraldique « blasonne ». Tentons humblement d’en faire autant en livrant ici le blasonnement des armes de notre famille.


Des armes Uí Néill parmi d’autres


Comme les pages de ce site le présentent, les Uí Néill ne sont pas simplement une famille, mais une fédération de familles, tribus, clans et dynasties, dont l’ancêtre commun est Niall dit Noígíallach, « des Neuf-Otages », haut-roi d’Irlande mort vers l’an 450, dont les hauts-faits naviguent entre l’Histoire et la légende. Ses descendants portent aujourd’hui des patronymes variés tels que O’Neill, O’Hanlon, O’Cahan, Magennis, Mac Loughlin, O’Donnell, O’Doherty, etc.

La diversité des armoiries utilisées par les familles de ce groupe est bien sûr le reflet de cette lignée pléthorique. Mais resserrons notre regard autour de la seule dynastie Ó Néill (O’Neill, en forme anglicisée), là encore nous trouvons une grande variété d’armes, tant sont nombreuses les maisons, branches et rameaux qui en sont sortis au cours de l’Histoire.

En voici quelques exemples contemporains :

Les armoiries ci-dessous sont celles qui ont été, le plus souvent, portées par les représentants de la branche française issue de Germain Ó Néill :

Armoiries des O'Neill de France

D’argent à la main dextre de gueules, coupée, appaumée et posée en pal, soutenue par deux lions affrontés du même, armés et lampassés d’azur, accompagnés en chef de trois molettes rangées du dernier, et en pointe d’un saumon nageant dans une mer ondée, le tout au naturel. – Cimier : Un dextrochère armé brandissant une épée, le tout au naturel. – Devise : « CÆLO SOLO & SALO POTENTES » (“Puissants par le ciel, la terre et la mer”) – Cri : « LÁMH DHEARG ABÚ ! » (“La Main sanglante vers la victoire !”)

Voyons les symboles qui la composent et leur signification.


L’écu


C’est l’élément central, qui représente le bouclier du chevalier. Sa forme est ici celle habituellement utilisée en France pour les sceaux dans les époques récentes. Il peut être représenté en losange pour les dames.

« En armoiries, l’écu représente le fond ou “champ” du bouclier, de la cotte d’armes, de la bannière et du pavillon sur lesquels on émaillait ou brodait les pièces qui composent les armes d’une famille » nous dit Duhoux d’Argicourt dans son Alphabet et figures de tous les termes du blason — L. Joly, Paris, 1899.

Le champ des armoiries Ó Néill est d’argent.


L’emblème


Le symbole Uí Néill par excellence est la main sanglante, jetée sur le rivage par le chef mythique Érimón (Heremon en latin) pour l’obtention de la royauté sur l’Irlande entre 1287 et 1272 av. J.-C. selon l’historien Geoffrey Keating1, entre 1700 et 1684 av. J.-C. selon les Annales des Quatre-Maîtres, à l’époque où le pays était peuplé par les Tuatha Dé Danann, une race païenne surnaturelle selon la mythologie irlandaise. Érimón est l’un des fils de Míl Espáine (litt. « Soldat d’Espagne », Milesius en latin), petit-fils du roi de Galice Breogán et ancêtre mythologique de tous les Irlandais selon la Historia Brittonum et le Lebor Gabála Érenn2.

Plusieurs versions de cette légende existent : un affrontement en bateau sur la mer d’Irlande, une course à cheval, un combat de géants au temps des Milésiens… Les tenants de l’origine biblique des Milésiens ont vu dans le symbole de la main une évocation de la Dextera Dei de la Bible, la main de Dieu : « Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des merveilles ; par son bras très saint, par sa main puissante, il s’est assuré la victoire. » (Ps 97) ; ou encore, de la main que brandit Zérah, fils de Juda et de Tamar, pour devancer son frère jumeau Pérès qui allait naître le premier, et à laquelle la sage-femme attacha un fil écarlate pour qu’il fût déclaré aîné (Gn 38, 28-30)3.

Indépendamment du récit fabuleux de l’épopée milésienne prenant possession de l’Irlande, nos historiens contemporains sont partagés entre deux hypothèses historiques proposant une origine païenne, plus plausible, du symbole de la main ouverte : l’une, picte ou scot, car cette main est présente sur la monnaie de ces tribus qui peuplaient le Nord et l’Est de l’Écosse avant la conquête romaine, au temps des Gaëls ; l’autre, viking, liée à la pratique rituelle de la «Fontaine de Tyr» par les berserkers, les guerriers-fauves.

La main rouge, devenue symbole de l’Ultonie à partir du XIIIème siècle, lorsque apparut l’héraldique, était déjà présente dans de nombreux récits et légendes irlandaises. D’Érimón, elle aurait suivi les générations jusqu’à Conn des Cent-Batailles, haut-roi d’Irlande de la première moitié du IIème siècle, dont descendent toutes les dynasties d’Ultonie et de Connacie (Ulster et Connacht). Cela explique la présence de cet emblème sur les blasons de certaines familles connaciennes également. Au Vème siècle, la dynastie Ó Néill emporta l’hégémonie sur le Nord face aux Mic Aonghusa (Magennis, Mac Guinness…) qui régnaient sur l’antique Ulad (la partie Est de l’Irlande du Nord), leur arrachant alors leur monopole sur cet emblème4. En 1908, le chef Ó Néill confirma cette assertion5.

De nombreuses familles, principalement originaires du Nord de l’Irlande, ont adopté cet emblème sur leurs armoiries. La main coupée orne, entre autres, le blason de la province irlandaise d’Ulster, et même le blason utilisé par les unionistes britanniques d’Irlande du Nord.

La main coupée, appaumée (vue du côté de sa paume) des armoiries Ó Néill est de gueules (rouge).

Le mythe d’Érimón (Heremon) –  Aux temps de la conquête milésienne, Érimón organisa une expédition maritime pour prendre possession de la côte nord de l’Irlande. Il était opposé à un autre chef dont le nom a été oublié. Les protagonistes se mirent d’accord pour que la couronne du nouveau royaume échût à celui qui toucherait le premier, de la main, la terre convoitée.

Les deux flottes prirent la mer en Écosse et arrivèrent en même temps en vue de la côte nord de l’Irlande. Le bateau rival de celui d’Ó Néill était en train de dépasser le sien, dont les efforts de l’équipage restaient vains. Érimón, voyant son adversaire atteindre la côte avant lui, saisit sa hache de guerre, se trancha la main et la jeta sur le rivage.

De la sorte, il fut le premier à toucher terre et fut proclamé roi de cette contrée6.

Armoiries de la province de l’Ulster, composées de l’écu Uí Néill placé au centre du blason de la famille anglo-normande de Bourg (de Burgo en latin), titrée “comtes d’Ulster” par la Couronne d’Angleterre.

Fresque sur Shankill Road, Belfast, représentant la légende de la main coupée, surmontée de l’Ulster Banner, drapeau des Unionistes d’Irlande du Nord (n’est plus utilisé depuis l’abolition du Parlement d’Irlande du Nord en 1972).


Les autres symboles


Sceau d’Hugues Ó Néill,
roi des Irlandais d’Ultonie

S ODONIS ONEILLE REGIS HYBER­NICORUM ULTONIE.
Ulster Museum, Belfast. Argent. Les supports extérieurs de l’écu sont ici des dragons ou vouivres. Crédit photo : FB @lastgaeliclordofupperclannaboy

Les rois de la dynastie des Niallaigh (les « Neillides ») ont porté la main seule posée en pal sur champ d’argent, comme on le voit sur ce sceau de Aedh Reamhar – « Hugues le Gros » -, Ó Néill Mór (chef du nom), héritier des rois du cenél nEoghan et premier à se proclamer roi de l’antique d’Ulaid (Ulster) de 1345 à 1364.

A l’époque de l’exil à Rome d’Aodh Mór – « Hugues le Grand » – (~1550 – 1616), les héraldistes italiens lui ont adjoint d’autres éléments : au milieu de l’écu, deux lions affrontés de gueules qui soutiennent la main coupée ; en chef (en haut de l’écu), trois molettes d’azur ; en pointe (en bas de l’écu) : un saumon nageant dans une mer, le tout au naturel. Pour réaliser l’écu de l’héritier d’Hugues-le-Grand, ci-contre, les héraldistes ont décidé que le blason du baron de Dungannon n’arborerait que deux des trois étoiles de celui de son père et n’ont pas représenté le saumon posé en fasce sur la mer.

On ne connaît pas l’origine ni la raison exacte de ces choix, cependant on peut en comprendre la portée symbolique en se référant à la devise familiale : « CÆLO SOLO & SALO POTENTES» , « Puissants par le ciel, la terre et la mer ». Une devise qui paraît bien prétentieuse à première vue ! Elle est en tout cas le signe d’une haute exigence personnelle et collective.

Dans les archives de Shane’s Castle (comté d’Antrim), un manuscrit ancien interprète cette devise comme une invitation à se rappeler, et à prendre en exemple, le grand nombre de saints, de rois et de navigateurs héroïques que la famille a compté parmi ses membres. Un appel à l’excellence, en quelque sorte !

1609 – Tombe d’Hugues Ó Néill, baron de Dungannon, à San Pietro di Montorio, Rome.

1609 - Tombe Hugh O'Neill San Pietro di Montorio (Rome)

Selon cette perspective, les lions affrontés seraient l’expression du pouvoir temporel que le pape Paul V, dans une bulle de 1609, reconnut à Hugues et à ses successeurs comme héritiers d’une lignée immémoriale de rois au Nord de l’Irlande. Ce faisant, il leur conférait le statut de protecteurs légitimes des évêchés d’Armagh et de Derry (voir ici le document complet ainsi que dans notre galerie en fin d’article).

Dans le même esprit, les trois molettes, comme autant d’étoiles, semblent indiquer cette « puissance dans le ciel » de la dynastie par les saints qu’elle a engendrés au cours de l’Histoire7.

Les observateurs l’auront remarqué, ces armoiries présentent de subtiles différences de forme et de couleur avec celles que l’on trouve habituellement sur la famille Ó Néill dans les livres ou sur Internet : ce sont des étoiles à cinq rais, appelées molettes, à pointes droites et de couleur azur (bleue)8. Les auteurs de cette page auraient pu s’en tenir à la version la plus commune, à savoir trois étoiles à six rais de gueules (rouges). Ils y ont préféré une représentation plus fidèle à la coutume observée chez tous les O’Neill en France depuis le XVIIème siècle, quelle que soit leur branche d’appartenance, comme on peut le voir dans notre galerie en fin d’article sur les armoiries de Gordon O’Neill, gouverneur de Tyrone et illustre colonel de la Brigade irlandaise en France, d’Eugène O’Neill, lieutenant-colonel du régiment irlandais de Lée, mort à Philippeville (Belgique) en 1724 ou encore de Charles O’Neill, marié à Madeleine Salles en 1895. Par ailleurs, on apprend par Prosper Barthes, gendre du contre-amiral Auguste O’Neill, que les armoiries gravées sur la vaisselle du « Vauban », que commandait son beau-père en Méditerranée, présentaient également une rangée de trois étoiles à cinq rais. C’est aussi le cas des armoiries officielles du chef de la maison Clann Aodha Buidhe, l’une des deux branches princières de cenél nEoghan, originaire de Shane’s Castle, Antrim et installée au Portugal. Pour ce qui est de la couleur des étoiles, sur les armoiries de Gordon O’Neill, il est dit dans les papiers de James Terry, héraut d’armes du roi Jacques II Stuart (voir également notre galerie), qu’elle est d’azur. C’est aussi le cas dans le blasonnement de celles de la branche martiniquaise des O’Neill dits de Tyrone, éteinte dans les années 1920.

Enfin, le saumon nageant représente les héros qui traversèrent – et traversent encore ! – les mers pour aller combattre en terre inconnue. En héraldique, le saumon tend à symboliser la connaissance et la sagesse. Comme les autres poissons, lorsqu’il nage dans une mer azur, il illustre l’agilité.

On ne peut s’empêcher de repenser à ces si nombreux officiers, en particulier marins, que notre branche de France vit naître en son sein depuis ses origines…

« Nom donné à la partie la plus élevée dans les ornements extérieurs de l’écu et qui est placée sur le haut du casque. Cette pièce est formée soit par des plumes ou panaches, soit par des animaux ou des monstres chimériques » (Source : Au blason des armoiries).

​On attachait au cimier des chevaliers, fixé au faîte de leur casque lors des tournois, autant voire davantage d’importance qu’aux armoiries.

Cimiers fabuleux d'AllemagneFigure remarquable, parfois effrayante, le cimier était destiné à impressionner l’adversaire comme les spectateurs. Il fut à l’origine de nombreux récits mythologiques faisant du combattant un être surnaturel. ​Avec le temps, le cimier n’est plus resté qu’un ornement du blason.

En armoiries, par conséquent, un casque est donc nécessaire pour placer un cimier : « Le cimier doit reposer sur le casque, ce que comporte sa nature. Une étoile, par exemple, qu’on porte en cimier et qui se balance dans les airs au-dessus du casque, est une absurdité moderne, qui n’a jamais pu se produire aux temps où les armoiries étaient une réalité. Un chevalier, qui eût porté une telle étoile, l’eût fait fixer au sommet de son casque. Il était impossible de la faire voltiger dans l’espace sans aucun soutien » (Source : La Boutique Généalogie).

Il est important de placer le casque dans l’axe du cimier : « La position du casque est également indifférente. Qu’il soit posé de front ou bien taré de profil ou de trois quart, aucune signification réelle ne s’y attache. L’attitude du cimier doit décider. Si le cimier est une figure vue de profil ou de trois quarts, il faut mettre le casque de profil ou de trois quarts. Le casque étant mis de front, le cimier devrait être placé de telle manière qu’on le verrait également de front » (Source : La Boutique Généalogie).

Le cimier que nous portons est un dextrochère armé brandissant une épée, le tout au naturel, c’est-à-dire un bras droit recouvert d’une cuirasse, dont les différents éléments sont laissés à leur couleur naturelle. On pourra, si on le souhaite, représenter l’épée brandie posée en barre, c’est-à-dire dans une diagonale bas-haut, pointe vers le haut, comme sur les armes de Charles O’Neill ou celles des O’Neill de la Martinique (voir notre galerie au bas de cette page).

Le heaume, ou casque, qui a été retenu pour nos armes par les auteurs de cette page est un casque de tournoi dit « armet de joute » ou « crapaud ». C’est le fruit d’un choix posé et qui se discute, le heaume n’étant pas un élément intangible et figé du blason. D’autres armoiries présentent des casques de guerre, le plus souvent à grille, mais ceux-ci se voient relativement peu dans l’héraldique irlandaise. De plus, l’ensemble des ornements partant du casque sur les armoiries sont des ornements utilisés pour le tournoi : ils n’étaient pas portés à la guerre ! Ce choix nous a donc paru plus cohérent.

Les heaumes primitifs du Moyen-Âge tels que celui-ci ne disposaient que d’une simple fente pour la vue. D’où la nécessité pour le chevalier, lors des tournois, d’arborer un cimier le plus impressionnant possible.

Outre le cimier qu’on fixait à son sommet, on ceignait le casque d’un bourrelet tressé d’où partait un panache de plumes aux couleurs du chevalier. En héraldique, ces plumes sont appelées lambrequins. Les lambrequins s’échappent du bourrelet et redescendent de part et d’autre de l’écu mettant en valeur celui-ci. Leur face supérieure est de la couleur de l’émail principal du blason, de gueules (rouge) chez les Uí Néill, tandis que leur face inférieure prend la couleur du métal principal du blason, soit d’argent chez les Uí Néill.

La devise et le cri d’armes, ou cri de guerre, sont rédigés sur des listels ou listons, de petits rubans flottants légèrement, comme des parchemins, placés respectivement en pointe et en chef des armoiries. Il est d’usage de les représenter comme les lambrequins, en utilisant les couleurs de l’émail et du métal principaux des armoiries.

Brian mac Cenneidigh, dit Brian Boru, ard-rí Éireann -haut-roi d’Irlande- (941-1014)

La couronne est très peu présente dans l’héraldique irlandaise. Et pour cause, même si l’on représente toujours le roi Brian mac Cenneidigh, dit Brian Boru (941-1014), la tête ceinte d’une couronne, cet attribut royal ne fut que rarement porté par les souverains gaéliques d’Érin. Les époques récentes ayant vu s’étendre en Europe le goût pour les couronnes en héraldique, certains ont suggéré l’existence d’une « couronne de prince irlandais »9 à trois fleurons de feuilles de fraisier10, alternés de perles. On trouve parfois ces petites perles ornementales groupées par trois en forme de trèfle.

Couronne à trois fleurons de feuilles de fraisier timbrant les armoiries du colonel Gordon O'Neill - Bibliothèque Nationale Richelieu, Paris

Couronne à trois fleurons de feuilles de fraisier timbrant les armoiries du colonel Gordon O’Neill – Bibliothèque Nationale Richelieu, Paris

Couronne médiévale sur vitrail à trois fleurons de feuilles de fraisier, proche de celle d'un prince irlandais

Couronne médiévale sur vitrail à trois fleurons de feuilles de fraisier, proche de celle d’un prince irlandais

Variante de couronne à cinq fleurons de feuilles de fraisier timbrant les armoiries d'Eugène O'Neill, lieutenant-colonel au régiment irlandais de Lée

Variante de couronne à cinq fleurons de feuilles de fraisier timbrant les armoiries d’Eugène O’Neill, lieutenant-colonel au régiment irlandais de Lée – Archives Départementales de la Haute-Saône, Vesoul

En héraldique française, il paraît peu recommandé de cumuler la couronne et le casque11, d’autant plus si le casque comporte un cimier car la couronne ne doit en aucun cas couper ces deux éléments indissociables l’un de l’autre, comme nous l’avons vu plus haut. Cette pratique apparaît toutefois plus acceptable dans l’héraldique britannique (également allemande), ainsi qu’en témoignent les armes du chef de la maison de Clann Aodha Buidhe, du Portugal, blasonnées par le roi d’armes d’Irlande à l’époque où celui-ci dépendait de la Couronne britannique.

Couronne timbrant les armoiries au-dessus de la porte d'entrée d'Hugo O'Neill, chef de nom et d'armes, à Setúbal, Portugal

Couronne timbrant les armoiries au-dessus de la porte d’entrée d’Hugo O’Neill, chef de nom et d’armes, à Setúbal, Portugal

Armoiries officielles adressées par le roi d’armes d’Irlande à Jorge, grand-père d’Hugo mac Uí Néill Buidhe, le chef des O’Neill de Clandeboye

En conclusion, l’emploi d’une couronne concernant la branche O’Neill française est discutable. En effet, nous ignorons si notre famille se rattache à une souche irlandaise vraiment royale ou non. Les auteurs de cette page ont donc privilégié une représentation sans couronne mais munie du beau cimier Ó Néill. Si nécessaire, pour réaliser une chevalière par exemple, on pourra cependant sommer l’écu d’une couronne de prince irlandais. C’est ce qui paraît le plus logique pour autant que l’on admette que la couronne de comte, souvent utilisée pour timbrer12 nos armoiries, fut un avatar de la soumission à laquelle se résignèrent – au moins temporairement – certains de nos aïeux face à l’ombre grandissante de la domination britannique.


Pour conclure…



En parcourant les allées d’une église, en arpentant les pièces d’un château ou en longeant les murs d’un vieil édifice peuplés d’armoiries presque effacées, quel visiteur n’a pas rêvé de percer leur insondable mystère et de remonter le temps jusqu’à l’époque de leur gloire ? À qui saurait lire la langue du blason, il est vrai, ces figures héraldiques diraient le nom et le temps de ces hommes et de ces lieux… : « Pour qui sait le déchiffrer, le blason est une algèbre, le blason est une langue », nous dit Victor Hugo14. « L’histoire entière de la seconde moitié du moyen-âge est écrite dans le blason, comme l’histoire de la première moitié dans le symbolisme des églises romanes. ». Mais cette langue est aujourd’hui aussi oubliée qu’elle était autrefois répandue.

De fait, rechercher les éléments graphiques qui composent nos armoiries, les raisons historiques et le sens de leur présence, puis leur donner forme dans un nouveau dessin et, enfin, rédiger cette page, ne fut pas chose anodine pour ses auteurs dont les compétences en héraldique n’étaient que naissantes. Cette démarche les a, en fait, conduits plus loin qu’ils ne l’imaginaient. Le langage du blason, véritable livre ouvert, les plongeait directement dans les profondeurs du temps, autour de la trace laissée par cette souche multimillénaire des Uí Néill d’Irlande, loin au-delà du point où l’Histoire se fond dans la légende. Comment ne pas s’émouvoir en dépoussiérant, fil à fil, la fibre historique d’une lignée qui connut les honneurs et la gloire autant que les affres de la guerre et de l’exil ?

En complément du travail généalogique, qui lève un voile sur le parcours et la succession de nos aïeux, celui sur l’héraldique nous redit qui ils furent. En le découvrant, le lecteur peut relire les valeurs originelles de cette famille13, son aspiration au dépassement de soi et son esprit d’aventure. Cela est porteur de sens !

Pour vous, cher lecteur, chère lectrice, les auteurs de cette page ont tenté d’endosser, l’espace d’un instant et avec émotion, le costume à la fois humble et prestigieux du héraut d’armes qui jadis blasonnait pour la cour et la ville. Ils espèrent avoir accompli auprès de vous, à travers ces lignes, sa délicate et passionnante mission.

Gwenaël et Kilian O’Neill


Notes:

1. Cf. D. Comyn & P. S. Dinneen (éd. et trad.), The History of Ireland by Geoffrey Keating, Irish Texts Society, 1902-1914, Tome 1 chap. 21222324
2. L’Historia Brittonum est un ouvrage semi-historique rédigé autour de l’an 828. Le Lebor Gabála Érenn, litt. le « Livre de la prise de l’Irlande » dit aussi « Livre des Invasions », est un recueil de poèmes épiques irlandais datés d’avant l’an mil. Tous deux retracent l’ascendance des Milésiens jusqu’aux origines du monde. L’ascendance milésienne a été reprise et synthétisée par l’historien et généalogiste John O’Hart (1824-1902) dans ses Irish Pedigrees, ses généalogies mythologiques irlandaises.
3. Ayant perdu son droit dynastique, Zérah se serait exilé en Hispanie où il aurait fondé la ville de Saragosse, « la place forte de Zérah ». Ses descendants, les Zarahides, auraient été repoussés par les invasions successives de la péninsule jusqu’en Galice où ils fondèrent un royaume, donnant naissance aux Milésiens, ancêtres des Irlandais.
4. Nicholas Williams, dans son Armas: Sracfhéachaint ar Araltas na hÉireann, Dublin, 2001, nous rappelle une dispute poétique qui survint au XVIème siècle entre les Mic Aonghusa Uíbh Eachach Cobha (Magennis of Iveagh) et les Uí Néill concernant l’usage de la main sanglante, montrant par-là à quel point celle-ci est intimement liée à la domination sur l’Ultonie.
5. The O’Neill, The Heraldic Emblem of Ireland. Ulster Journal of Archaeology, Deuxième Séries, Vol. 14, No. 4 (Nov.), pp. 178–180. Ulster Archaeological Society, 1908
6. Source Wikipedia
7. Quelques exemples : Saint Columba ou Colmcille (521–597), du cenél Chonaill (lignée des Uí Néill du Nord implantée dans le Donegal), saint Mura (+645), du cenél nEoghan (lignée prédominante des Uí Néill du Nord implantée dans le Derry et le Tyrone), saint Áed (+589), du clann Cholmáin (rois de Mide couronnés à Tara, des Uí Néill du Sud)…
8. Ce nombre par défaut de cinq rais, leurs pointes droites ainsi que la possibilité d’être percées en leur centre distingue les molettes (mullets en anglais) parmi les différents types d’étoiles héraldiques (estoiles en anglais). En effet, celles-ci ont six rais par défaut, comportent des pointes torsadées et ne sont jamais percées en leur centre.
9. John O’Hart, Irish Pedigrees 5e édition, 1892. Armes de la famille O’Neill de Tyrone en Martinique in Annuaire de la Noblesse de France et des maisons souveraines d’Europe, édition de 1859 pp. 249-250. Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, contenant la description des armoiries des familles nobles … 1884-1887 p. 773.
10. « La couronne princière en Irlande, au Moyen-Âge, était formée de trois feuilles de fraisier, montées sur un diadème d’or, telle que la portait les O’Neill, princes de Tyrone et de Clanaboy. » Comte Alphonse O’Kelly, de Galway, Dictionnaire archéologique et explicatif de la science du blason — Bergerac, 1901.
11. En héraldique, « […] quand on veut se servir de la couronne, affectée spécialement à quelque rang nobiliaire, on doit la poser immédiatement sur le bord supérieur de l’écu, qui alors ne peut plus porter de casque ni de cimier. Il faut faire un choix. Ou la couronne nobiliaire seule, ou le casque avec son cimier. Il est contraire aux bonnes traditions héraldiques de porter à la fois et la couronne nobiliaire et le casque. Ce serait comme qui entasserait deux couvre-chefs l’un sur l’autre. » Source : La Boutique généalogique.
12. Le Comte Alphonse O’Kelly définit ainsi le timbre : « toute coiffure qui surmonte l’écu. » (ibid.)
13. Lors de la création de l’Association internationale des Clans O’Neill en 2006, les valeurs communes de cette souche familiale ont été désignées en ces termes : Dignity, Fairness, Merit and Respect for Nature. Source : Site Internet de la Cumann na Clannanna Uí Néill.
14. Victor Hugo (1802-1885), Notre-Dame de Paris.