Germain O’Neill (v. 1620 – 1685)
Un mystérieux capitaine irlandais qui fit souche en France
Germain Ó Néill est le premier de nos ancêtres à s’être établi en France. Nous avons pu retrouver sa trace et il nous est aujourd’hui un peu mieux connu. Le clan français des O’Neill auquel nous appartenons est distinct, rappelons-le, de celui dit des « comtes de Tyrone » ayant résidé à la Martinique depuis le XVIIIe siècle et dont la lignée s’est éteinte dans les années 1920. Ses représentants, en effet, prétendaient descendre de Seán (dit aussi Shane ou John), l’un des fils du grand Hugues (Aodh Mór Ó Néill) mort à Rome en 1616.
C’est donc de Germain, cette « oie sauvage », que descend la famille O’Neill française que nous formons aujourd’hui. Son père ne nous est pas connu car l’acte de mariage de Germain ne mentionne pas sa filiation.
Germain se présente comme escuyer (écuyer, ce qui sous-tend la qualité de noble) ; il se disoit gentilhomme, originaire du Royaume d’Irlande, [et] parloit francois, avec l’accent, et le ton etranger1. En 1671, un État de tous les gentilshommes nobles et soi-disant nobles résidant dans la ville et les faubourgs de Bar-le-Duc le mentionne comme résidant dans le quartier de la « Ville Neuve » de Bar. Nous connaissons également son nom de guerre : « Saint-Germain », qui apparaît sur de nombreux documents officiels (sur la liste précitée, sur l’acte de baptême de son fils Jean, pour ne citer que ces deux exemples).
Germain ne nous est donc connu qu’à partir de son mariage avec Anthoinette (Antoinette) Garnier4 en 1659 à Bar-le-Duc. La ville est alors sous autorité française, le mariage de Germain intervenant peu de temps avant le traité de Vincennes (1661)5 par lequel le duché de Lorraine fut restitué à son duc Charles IV, prince frondeur et impétueux.
« En lannée
16601659… … Du 14 Januier Germain de Naisle escuyer hirlandois lieutenant au regiment de Monseigneur le Mareschal a espousé Anthoinette Garnier en presens de Mr. Billant aduocat & plusieurs autres. »
Successivement lieutenant au régiment de La Ferté Senneterre3 (jusqu’en 1660)7, enseigne (1660-av.1668)8, puis capitaine (av. 1668-1670)9 dans les troupes de Lorraine pour le service de Son Altesse (Charles IV, duc de Lorraine et de Bar), Germain fut réformé avant 167010.
Il mourut en janvier 1685, selon les dires de l’écuyer Jean Lepaige dans ses mémoires cités par son fils11. Les actes de sépulture antérieurs à 1690 pour le département de la Meuse ayant malheureusement disparu, il ne nous a pas été possible de vérifier la date précise de son décès aux archives départementales de la Meuse.
Placer sa venue dans l’histoire
Germain n’a donc pas fait souche en France, comme on l’a beaucoup entendu, au moment de la « Fuite des Comtes » qui fit suite à la reddition d’Hugues le Grand à la bataille de Kinsale (1601), ni lors de la Brigade irlandaise entrée au service de la France après la bataille de la Boyne (1690), pendant toute l’épopée jacobite, et jusqu’à la bataille de Fontenoy (1745). L’arrivée en France de Germain se situe avant cela, au cours de la grande débandade de militaires irlandais vers la France et l’Espagne survenue entre 1649 et 1653, alors qu’Oliver Cromwell et ses « Côtes de fer » ravageaient l’Irlande2…
Il n’est pas impossible, même, que Germain ait été recruté dans l’armée française avant 1649* : on trouve, dans le régiment de La Ferté Senneterre auquel il appartenait (voir plus bas), parmi d’autres soldats irlandais, un dénommé Geny dit Roquerois, marié à Bar-le-Duc la même année que lui. Un tel surnom rappelle la bataille de Rocroi qui vit, en mai 1643, le duc d’Enghien (le grand Condé) battre les armées espagnoles dans les Ardennes3. Rien ne nous permet, à ce jour, d’en savoir davantage sur son itinéraire et les circonstances précises de son départ d’Irlande jusqu’à son arrivée en Lorraine.
Un prénom et un nom francisés
Germain est peut-être une transcription française des prénoms gaéliques Diarmait ou Diarmaid, Gearóid, ou du prénom anglais Jeremiah : plusieurs hypothèses sont possibles. On retrouve de nombreux Irlandais à l’Hôtel des Invalides ayant porté ce prénom, francisé par commodité phonétique et administrative.
Les formes francisées du nom de famille gaélique Ó Néill rencontrées dans presque tous les documents des XVIIe et XVIIIe siècles ont de quoi surprendre. En effet, s’agissant des noms d’origine étrangère, curés et notaires privilégiaient la commodité en transcrivant sans trop de scrupule orthographique ce que pourraient entendre une oreille et articuler une bouche françaises.12 Ainsi, le « Ó » qui signifie « issu de » en irlandais se vit souvent traduit en « de », et « Néill » indifféremment transformé en Naisle, Nesle, Nelle, Nell, Nel, Neil selon le document d’archive rencontré ; on trouve aussi les formes Denel, Donell, d’Onel, Onel, Honel, Onelle, Onnel, Oneil, Ôneill ou encore Ô-Neïll. Ce n’est qu’au XIXe siècle que se généralisa la graphie à l’anglaise O’Neill.
En 1734, pour manifester leur origine irlandaise et afin de mettre un terme à ces errements orthographiques, deux enfants de Germain initièrent une requête officielle de rectification du patronyme familial.
Le lieu de naissance de Germain découvert « comme par miracle »
Ce 17 mars 2026, un évènement majeur et inattendu est venu rebattre les cartes : la découverte, aux Archives départementales de la Meuse, du contrat de mariage de Germain O’Neill et d’Antoinette Garnier passé le 2 janvier 1659 ! En lambeaux par endroits, celui-ci porte, à la suite d’un oubli dans le texte d’origine, une mention ajoutée en bas de page indiquant le lieu de naissance de Germain :
(1) Germain Naisle escuyer, lieutenant au re(giment) de monseigneur le mareschal de La (Ferte), épouse Ant(h)oinette Garnier », qui reçoit des vignes en dot de son père Charles Garnier. Par cette qualification d’ « écuyer », il apparaît que Germain se dit noble.
(2) « Natif de la ville de ROTHE en Irlande« . Ce fait historique établit, pour la première fois depuis 10 générations, la preuve de l’origine irlandaise de notre famille. Intervenue le jour de la Saint-Patrick, cette révélation ne résonne-t-elle pas comme un signe de l’apôtre lui-même ?!
(3) D’après notre chercheur Philippe Florentin, il signe en caractères gaéliques, d’où l’étrangeté de son paraphe. Une hypothèse sur laquelle il nous faut encore travailler !

Outre le fait que, la partie supérieure du contrat étant fortement endommagée, nous n’aurions pas eu accès à cette information si elle n’avait pas été ajoutée in extremis au bas de la page, il faut se rendre compte que les contrats de mariage étaient rares à l’époque de Germain, le plus souvent cantonnés aux alliances matrimoniales impliquant un apport important de la part des époux, ce qui n’est pas le cas ici. Cette trouvaille était donc particulièrement inespérée.
A présent, nous connaissons donc le nom la « ville » de naissance de Germain en Irlande. Malheureusement, celle-ci n’est pas directement identifiable, son nom ayant été retranscrit « à l’oreille » par le notaire français. Il nous faut donc travailler différentes hypothèses quant à l’endroit désigné en étudiant les lieux d’implantation et les mouvements territoriaux des clans des O’Neill connus au cours de la première moitié du XVIIe siècle. Parallèlement, on tentera de retracer les circonstances possibles dans lesquelles il arriva en France à travers ce qu’on sait des recrutements d’Irlandais dans les régiments de l’armée française. En espérant voir finalement se dévoiler les secrets de la naissance et de la filiation de notre Germain ! Ainsi est donné le programme pour la suite des recherches.
*Le recrutement français pour l’affrontement avec l’Espagne (la Guerre de Trente Ans) est alimenté par l’Irlande et l’Ecosse, en particulier pour la période 1640-1660 où les contingents pourraient avoir atteint 20 000 personnes, d’après le Commentarius Rinuccinianus. Deux régiments entiers et un autre corps de 500 hommes passèrent en France entre 1645 et 1647, ainsi que de nombreux civils 6. D’autres après la défaite de la Confédération irlandaise face à la New Model Army de Cromwell en 1649.

D’importants contingents étrangers, notamment irlandais, furent recrutés par la France
Descendance
Germain eut 11 enfants :
- I. THOMAS (1659-av.1741)
- II. FRANÇOISE (1660-av.1741)
- III. CATHERINE (1662-av.1741)
- IV. JEANNE (1663-av.1741)
- V. MARIE MARGUERITE (1665-av.1741)
- VI. JEAN (-BAPTISTE) (1667-1749)
- VII. CHARLES (1668-1749)
- VIII. FRANÇOIS (1670-av.1741)
- IX. GERMAIN (1671-av.1741)
- X. ADRIEN (1673-1741)
- XI. ANTOINETTE (1678-av.1741)
Comme l’atteste la succession de son fils Adrien en 1741, trois enfants de cette fratrie survécurent, l’a succession, l’héritage étant réparti entre ses frères Jean-Baptiste et Charles et les enfants de leur sœur Catherine, déjà décédée.
1 Acte portant rectification de l’orthographe du nom à la demande de Charles et Adrien Ó Néill (1734) – Fonds Bressant de Raze, Archives départementales de la Haute-Saône, Vesoul.
2 Pierre Gouhier, Mercenaires irlandais au service de la France (1635-1664) in Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, année 1968 tome 15-4 pp. 685.
3 Parmi les lieutenants du Grand Condé, on trouvait notamment un certain La Ferté Sénectère, futur maréchal de France (Henry II de Saint-Nectaire ou Senneterre (1600-1681), duc de La Ferté). Il se distingua à Hesdin en 1638 où il fut nommé maréchal de Camp. Promu Lieutenant général des armées du Roi après la bataille de Rocroi, il recevra en récompense le Gouvernement de la Lorraine. Maréchal de France en 1651, il est fait Gouverneur de Metz, Vic et de l’Evêché de Verdun après la signature du traité de paix entre la France et l’Espagne (1659).
4 Née le 2 octobre 1633, fille de Jean Garnier et Catherine François (source AD Meuse, paroisse ND à Bar) Ant(h)oinette avait donc 26 ans lors de son mariage.
5 Le duché de Bar fut, comme le reste de la Lorraine, envahi par les troupes françaises en 1632 et connut toutes les vicissitudes par lesquelles passa ce territoire durant le règne orageux du duc Charles IV de Lorraine (1624-1675). Ce dernier prit parti contre la France pendant la guerre de Trente Ans, ce dont il fut puni par l’occupation de ses États où il ne rentra qu’en 1641, aux termes d’une négociation par laquelle il acceptait le protectorat français. Mais cette accalmie fut brève puisque la même année, il en fut à nouveau chassé pour avoir comploté contre la France auprès du comte de Soissons. Le Traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659, lui enlevait le Barrois. Il parvint cependant à convaincre Mazarin de le lui restituer par le traité de Vincennes du 28 février 1661. À partir de 1670, les duchés de Lorraine et de Bar furent définitivement occupés par la France ; ils seront rattachés à la Couronne en 1766.
6 Éamon Ó Ciosáin, La migration irlandaise vers la France (1590-1690) in La France et l’Irlande : destins croisés (16e-21e siècles) sous la direction de Catherine Maignant, PU du Septentrion, 2013 pp. 16-17.
7 cf. acte de baptême de son fils Thomas.
8 cf. acte de baptême de sa fille Françoise.
9 cf. acte de baptême de son fils Charles.
10 cf. acte de baptême de son fils François.
11 Date donnée par Jean Lepaige, son fils, écuyer, conseiller de S.A.R., maître et auditeur en la Chambre du Conseil et des Comptes du Duché de Bar in Acte portant rectification de l’orthographe du nom à la demande de Charles et Adrien Ó Néill – Fonds Bressant de Raze, Archives départementales de la Haute-Saône, Vesoul.
12 Sur ce chapitre, il est intéressant de consulter la rectification officielle du nom pour être plus conforme à l’original irlandais, faite par ses fils Adrien (aumônier du duc d’Orléans) et Charles (huissier à Bar), suite à enquête.

Février 1654






